img_signaletique_12  Pendant les vacances de Noël donc, Mademoisill a tout fait pour ne plus toucher à ce kyste qui était vraiment très disgracieux. Sur toutes les photos prises à cette période, elle s'est arrangée pour montrer mon "bon profil", l'autre étant tout gonflé. C'est durant cette période également que sa soeur a trouvé un surnom pour mon kyste. Il était au coeur de toutes les préoccupations, et faisait presque partie de la famille. Quel surnom ? Vous connaissez ce fromage qui ressemble un peu à du "Chaussé aux moines", le "Cousteron" ? Et bien le père de Mademoisill en raffolait, il y en avait souvent à la maison. Ainsi, par on-ne-sait quel détour de son esprit, la soeur de Mademoisill n'a rien trouvé de mieux à faire que de renommer son kyste le "kysteron". Ca a bien fait marré tout le monde et désormais, on n'en parlait plus qu'en ces termes.

Le matin de l'opération arriva. Il a fallut appliquer sur la joue une crème anesthésiante. Je vous raconte pas la honte. D'abord on applique la crème, puis on la recouvre d'un film autocollant, sur lequel on marque de façon lisible l'heure de l'application. Je vous rappelle juste que ça se situait sur le VISAGE. Vous visualisez bien ? Le père de Mademoisill la conduit à la clinique. On leur indique le couloir où ils devront patienter puis, assez rapidement, une jeune infirmière vient chercher Mademoisill. On la fait entrer dans un placard à balais, ou du moins dans une pièce ayant les dimensions parfaites d'un placard à balais. Ce mystérieux endroit est doté de deux portes, car il s'agit en fait d'un sorte de sas entre le couloir et la salle d'opération. Mademoisill se déshabille, et revêt l'accoutrement qu'on lui a laissé. Je vous autorise à rigoler un bon coup, allez-y ! Imaginez Mademoisill, toujours avec son gros morceau de film adhésif sur la joue, estampillé "8h40", avec une charlotte bleu canard sur les cheveux, les deux mêmes aux pieds, en culotte sous une blouse fendue jusqu'en haut du dos. Et pis elle attend là, comme une con, qu'on lui ouvre la 2e porte.

La gentille infirmière arrive. Elle la fait asseoir sur la table d'opération, lui retire son film adhésif et sa crème anesthésiante. Elle lui parle pour la décontracter, en attendant le chirurgien. Ce dernier arrive enfin, sans aucun tic visiblement."Alors, faites voir ce vilain kyste." Il examine ma joue un instant, tâte, pince, approche la lampe. "Il était où exactement ?". Mademoisill, par réflexe, porte son index à sa joue pour lui montrer, mais ne sent rien (logique, la crème anesthésiante a bien fait son boulot). La voilà donc en train de tâter à son tour à la recherche du kyste disparu. Elle n'y avait tellement pas touché durant les vacances qu'il était reparti direct sans demander son reste. Le chirurgien est embêté, il ne veut pas risquer de faire une cicatrice sur ce "joli minois" alors que le kyste s'est fait la malle. On appelle le père de Mademoisill qui attendait patiemment dans le couloir. On parvient à un accord : pas d'opération pour aujourd'hui, mais si un jour le kyste revient, un petit coup de fil, et le gentil chirurgien s'en chargera dans les plus brefs délai, sans nouvelle consultation.

Et le kyste est resté planqué pendant presque deux ans. Mademoisill était en khâgne, à 300 kilomètres de chez elle, quand il est revenu. Comme convenu, le chirugien qui se souvenait de l'histoire a accepté d'opérer Mademoisill aux vacances suivantes.

Je vous passe la crème anesthésiante, le sas dans le placard... c'est la même histoire. La seule chose qui avait changé, c'était la mutuelle de Mademoisill, à présent étudiante, et qui a valu, à elle et à son père, une bonne demi-heure d'attente à l'accueil de la clinique. Cette fois-ci, le kyste est bien là. Le chirugien pique dans la joue, pour pouvoir découper tranquille. Il vaut mieux que je garde les yeux fermés ? C'est pour ce scalpel que vous dites ça ? Oui, comme vous l'aurez compris, Mademoisill ne faisait pas la fière, mais elle allait ENFIN être débarrassée de ce parasite qui squattait sa joue depuis quatre ans ! Le chirurgien, après avoir fait une petite incision, a pris un de ces instruments, et s'est mis à gratouiller. Mademoisill ne ressentait rien bien sûr, mais elle sentait qu'on tirait sur la joue, et entendait ce gratouillement. En deux temps trois mouvement, c'était fini. Un peu de couture, hop quatre points de suture et c'est parti !

Un pansement pendant une petite dizaine de jours, désinfection quotidienne jusqu'à ce que les fils s'en aillent d'eux-mêmes, puis application d'une crème pendant quelques semaines, afin d'estomper au maximum la cicatrice occasionnée. Aujourd'hui, un an plus tard, Mademoisill n'a presque plus de trace, si ce n'est une minuscule marque dans le creux de la joue, et une toute petite parcelle de peau légèrement plus lisse à cet endroit là. Moins moche qu'un big bouton à géométrie variable.